Chirographum

C’est un document rare dans les fonds des Archives départementales du Bas-Rhin : n’y sont conservés que quelques exemplaires, contrairement au nord de la France, où ce genre de document est très fréquent ...

Pourquoi ce choix ?

Parce qu’il reflète bien ce qu’est, à l’origine, un document d’archives : un document administratif qui a pour objet de faire valoir un droit - et non une œuvre d’art, même si certains d’entre eux acquièrent ensuite une immense valeur culturelle, historique ou esthétique.

En général, il s’agit, par ce procédé, d’apporter une sûreté accrue à un acte privé : un chirographe apporte une garantie supérieure à celle d’un sceau, par exemple, puisque l’acte est copié à deux reprises sur une même feuille de parchemin, les deux parties étant séparées par une phrase ou, plus souvent, le mot latin « chirographum » (qui a donné son nom à ce type d’écrit) : ensuite, le parchemin est coupé en deux, chaque partie emportant son exemplaire avec soi ; en cas de doute, il suffit de rapprocher les deux morceaux de parchemin pour reconstituer l’original : si les lettres ne correspondent pas, s’il est impossible de reformer le mot « chirographum », alors l’un des deux documents a été falsifié.

 Le procédé a été abandonné à mesure que d’autres moyens d’authentification se développaient (enregistrement chez les notaires notamment), mais s’est poursuivi de manière un peu différente par la suite : les mères qui, contraintes à abandonner leur enfant, espéraient pourtant être en capacité de le reprendre un jour avec elles, glissaient souvent dans ses langes une carte à jouer découpée en deux – pour les mêmes raisons : le rapprochement des deux parties, celle accompagnant l’enfant et celle qu’elles gardaient par devers elles, permettait de prouver leur maternité. J’ai toujours trouvé ce geste très émouvant…

 Lorsque je présente ce document du XIIe siècle, au moment de visites, quelqu’un finit toujours par remarquer que le document a été « découpé ». Quand j’en demande la raison, les réponses fusent : « le feu », « une souris » (qui grignote en ligne droite J), et d’autres explications fantaisistes : et oui, les dangers qui guettent les documents d’archives viennent immédiatement à l’esprit ! C’est vrai que les périls sont nombreux : eau, feu, rongeurs et insectes, poussière, lumière et homme (vols, détérioration lors de la communication etc.) : un document qui a, malgré tous ces périls, traversé les siècles, mérite d’être conservé encore le plus longtemps possible ! C’est là une des missions fondamentales des Archives départementales.

Pascale