Les événements clés des combats de 1870 en Alsace et les témoins silencieux de ces tragédies

Les événements de Wissembourg (4 août 1870) et de Woerth-Froeschwiller (6 août 1870) sont d’une importance historique fondamentale. C’est en perçant ici (et dans une bien moindre mesure le même jour à Spicheren) que les troupes allemandes se sont ouvert les voies de la France, par le siège de Strasbourg, qui précipite la chute du Second Empire, permettant ainsi l’unification de l’Allemagne. L’Alsace et une partie de la Lorraine sont rattachées au nouveau Reich, ce qui sera l’une des causes de la Première Guerre Mondiale. Ainsi, les premiers actes de la construction européenne se sont joués dans le Bas-Rhin.

Les événements de Wissembourg & Woerth-Froeschwiller

Les événements de Wissembourg (4 août 1870) et de Woerth-Froeschwiller (6 août 1870) sont d’une importance historique fondamentale.

C’est en perçant ici (et dans une bien moindre mesure le même jour à Spicheren) que les troupes allemandes se sont ouvert les voies de la France, par le siège de Strasbourg, qui précipite la chute du Second Empire, permettant ainsi l’unification de l’Allemagne.

L’Alsace et une partie de la Lorraine sont rattachées au nouveau Reich, ce qui sera l’une des causes de la Première Guerre Mondiale. Ainsi, les premiers actes de la construction européenne se sont joués dans le Bas-Rhin.

Brèche de l'Outre-Foret

Les troupes allemandes profitent de la brèche ouverte dans l’Outre-Foret, et se présentent, dès le lendemain, aux portes du château de Lichtenberg (siège du 7 au 9 août), avant de passer les Vosges et de chercher à investir Phalsbourg (siège du 10 août au 12 décembre). S’ensuit le siège de Strasbourg (du 23 août au 28 septembre), terriblement traumatisant, moins pour le nombre de victimes (261 civils et 310 miliaires) - relativement limité - que pour le symbole et pour les irremplaçables pertes culturelles générées. Mais dès le 14 août, à l’autre extrémité du département, près du château de Thanvillé, des accrochages et des exactions entrainent la mort de 14 civils. L’incroyable épopée des francs-tireurs dans les Vosges trouve un écho à Mutzig où, le 22 septembre, 19 de ces résistants de la première heure décèdent lors des combats à l’entrée de la Vallée de la Bruche. Enfin, Sélestat tombe le 24 octobre. C’en est fini de l’Alsace française jusqu’en 1918.

Seuls 8 mois et 43 kilomètres séparent les tout premiers coups de feu à Schirlenhof, le 25 juillet, et le dernier épisode de la guerre franco-prussienne que constitue la reddition de la citadelle de Bitche (Moselle) le 26 mars 1871. Dans ces intervalles de temps et d’espace, environ 25 000 personnes, militaires et civils confondus (dont environ 20 000 pour la seule bataille de Woerth-Froeschwiller) perdent la vie dans le département et les premières lettres du mot Europe s’inscrivent en filigrane, avec les fondations de l’église de Froeschwiller.

Eparpillées sur tout le territoire, les traces matérielles, souvent fragiles et ténues, de ces moments si déterminants de la genèse de la construction européenne, nous sont parvenues : de la maison Zeppelin de Schirlenhof à l’église protestante Friedenskirche de Froeschwiller, des tombes de Claude Pagnier et de Herbert Winsloe, premières victimes tombées le 25 juillet, en passant par la stèle de Johann Rieger dernière victime du siège de Strasbourg le 27 septembre, jusqu’à la tombe d’Adolph Arndt, décédé le 11 juin 1871 et probable dernière victime du conflit dans le département, près de 400 tombes, monuments, lieux de mémoire invitent, à travers tout le Bas-Rhin, à la quête d’une mémoire essentielle à la compréhension de l’identité de l’Alsace et de l’Europe, mémoire au bord de l’oubli, reléguée au second plan par les événements de la Grande Guerre, mais qui permet d’entrevoir les acteurs de l’Histoire, de Henri Ithier et de sa sœur Amélie et de tant d’autres encore.

A n’en pas douter, le département du Bas-Rhin est aussi l’écrin aux multiples facettes de la plus riche collection européenne d’art funéraire de la fin du XIXe siècle. De l’humble croix personnalisée en fonte moulée au fond d’une haie, jusqu’à l’immense lion victorieux en bronze au bord d’une voie communale, ces supports d’épitaphes ne laissent jamais indifférent et reflètent tant de sentiments humains qu’ils en inspirent tour à tour, indemnes à travers les temps, compassion, dégout, larmes, tendresse, regrets.

François Gueringer Architecte du patrimoine
Département du Bas-Rhin